J'avoue que je suis quand même bizarre... Car dans certaines circonstances, j'ai une prédisposition à agir comme une espèce de combattant très bien entraîné, et j'assure vraiment d'ailleurs! Et puis, dans d'autres circonstances, disons, plus calmes, j'ai tendance à devenir un naïf, parfois même carrément caricatural !

Finalement, je crois que je n'étais pas adapté à vivre en temps de paix... Ou plus exactement, je m'y trouve sans défense.

Là où je suis en sécurité, c'est finalement dans le danger...

Je parle souvent de cette étrange combinaison de deux personnalités, que je crois liée à mon double prénom... Je me retrouve donc dans deux mondes... L'un auquel je suis particulièrement adapté (et ça n'est pas une vue de l'esprit, car dans ma vie, je l'ai prouvé maintes fois!) mais duquel je n'aspire qu'à sortir, et l'autre monde, dans lequel je ne fais que trébucher, chuter, mais auquel je n'aspire qu'à m'adapter... vainement d'ailleurs...

Il est vrai que ce monde-là est plus confortable.

Serait-ce la paresse qui m'empêche de retourner vivre dans le monde qui me convient? Serais-je finalement tout simplement devenu feignant?

Je pense que je ressemble à ces vieux "Marines" américains, qu'on a retrouvés isolés dans des îles du Pacifique... et qui ne savaient pas que la guerre était terminée depuis des dizaines d'années! Ces gars là se retrouvent projetés dans un monde pacifique, qui a l'air enchanteur, mais auquel ils ne sont adaptés. Du coup, impossible de se faire un passage à la machette, impossible de s'entourer de feux pour éloigner les bêtes sauvages nocturnes, impossible de reconnaître les serpents venimeux parmi les autres... Inutile de garder un casque sur la tête, et des peintures de camouflage... il faut rester la tête nue, propre et bien rasée... pas camouflée, bien en vue... C'est déconcertant, et ces vieux soldats n'arrivent pas à s'habituer à ces nouveaux comportements. Les dangers ne viennent pas de là où l'on avait l'habitude de les voir arriver, et ils viennent maintenant de n'importe où... il semblerait que dans ce monde aux airs enchanteurs, le danger peut venir des serpents "non" venimeux!

Alors, certains de ces vieux militaires déraillent... Et c'est bien l'expression qui convient, car déconcerté par ce monde dans lequel les serpents "venimeux" et "non venimeux" sont potentiellement aussi dangereux, ils décident de sortir des fameux rails!
Et puis, en zigzagant, ne sachant plus quel chemin suivre, ils se jettent dans la foule, et défouraillent à tout va, au hasard, tuant jeunes ou vieux serpents, venimeux ou non, armés du seul objet qu'ils savent manipuler sans danger! un gros flingue bien meurtrier!
Ces vieux militaires qui ont déraillé et qui ont la chance d'être abattus, ont sur le visage cette expression non pas tranquille comme on le dit parfois, mais plutôt soulagée, sereine,

Comme on la trouve sur le visage d'un grand fauve gisant à terre, abattu par des chasseurs...


Rémy-Laurent Kraft

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